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L'accessibilité n'est pas un sujet

Below is a free transcription, in French, of the talk I gave in , for the BlendWebMix event.

Bonjour. Je m’appelle Angela Ricci et je travaille dans le web depuis 1994 comme web designer.

Dommage qu’on ne va pas parler d’accessibilité parce que moi même j’ai un handicap : je suis brésilienne et, même si je suis en France depuis pas mal de temps, il m’arrive encore de dire des mots qui n’existent pas vraiment dans le dictionnaire français... Soyez indulgents.

Avant de « ne pas parler d’accessibilité », je vous pose une question : quelle est la première chose qui vous vient en tête quand on parle d’accessibilité? Les recommandations de W3C, une interminable check-list, les niveaux de conformités, la législation qu’on est obligé de respecter, etc.

On est tous d’accord pour dire que l’accessibilité est quelque chose de contraignante et ennuyante. Il n’y a pas de glamour dans des check-lists techniques, dans des alternatives textuelles aux images ou dans la vérification du contraste de couleur. Ne parlons pas donc d’accessibilité. Parlons d’UX. UX c’est cool, c’est tendance, c’est « sexy ».

Hier il y avait pas moins de 3 conférences sur l’UX et on a déjà vu pas mal de choses intéressantes, donc je ne vais pas vous expliquer ici ce que c’est; on sait tous que l’UX — le nom le dit – dépend directement des besoins et des attentes utilisateurs. C’est en connaissant nos utilisateurs qu’on peut vraiment les offrir une expérience positive.

L’ergonomie, bien sûr, est une des compétences qui contribuent pour cette expérience. Aujourd’hui on les appelle « designer UX », même si, au fond, ils continuent à être des ergonomes. Mais, c’est vrai qu’un designer UX est plus intéressant comme nom, est plus cool et plus tendance. Un designer UX fait du story-telling, du jeux des cartes, des wireframes!… Tandis que l’ergonome, bon, lui, il fait du story-telling, du jeux des cartes, des wireframes. Moi je les appelle toujours ergonomes, et je suis sûre que nous tous nous savons qu’est-ce que ça veut dire.

Donc l’ergonome avec le client et les utilisateur finaux, va faire les recueil des besoins utilisateur pour définir les actions à accomplir, et c’est lui, avec le designer, qui va définir la façon la plus simple et efficace d’y arriver.

Vous avez remarqué qu’on a parlé ici plusieurs fois des utilisateurs. Je me demande donc pourquoi, au moment de la conception, l’ergonome ne prend pas en compte les contraintes physiques ou matérielles que ses utilisateurs peuvent présenter.

Je vous raconte une petite histoire : je prépare un événement d’une journée entière dédiée à l’accessibilité. Mon but c’est de couvrir tous les aspects de l’accessibilité : la législation, le retour de l’investissement, la gestion d’un projet accessible, etc. Je suis donc aller voir l’équipe d’ergonomes avec qui je travaille pour voir si ça les intéressait de faire une conférence sur la prise en main de l’accessibilité pendant la phase de conception.

Une chose curieuse c’est produite : tous étaient d’accord pour dire qu’ils ne voyaient rien spécial à dire ou à commenter sur l’accessibilité.

Ça m’a interpellé; je ne voyais pas comment ils n’avaient rien à dire, vu qu’ils était directement liés à l’utilisateur. Mais rapidement j’ai compris qu’ils voyaient l’accessibilité uniquement sous le prisme de la technique. Pour leur défense, ils sont tous de très bons professionnels et ils ne sont nullement moins compétents qu’un autre ergonome qui, je suis sûre, aurait la même réaction.

Le problème ici n’est pas une question de compétence, mais de culture. Malheureusement la culture de l’accessibilité est encore trop cantonnée à la technique, et on arrive très difficilement à voir au-delà des recommandations de WCAG ou RGAA et des contraintes de design.

Les formations en accessibilité elles aussi se résument à revoir chacune des recommandations, sans motiver une vision plus large et éclectique des impacts positifs que la prise en compte de l'accessibilité par tous les acteurs d'un projet peut avoir dans notre produit final.

D'un certain point de vue, cette culture a été installée par le W3C lui-même, à partir du moment que l'accessibilité a commencé à être traitée comme un sujet à part des spécifications des standards, au lieu d'être traitée comme partie inhérent de ces dernières.

On ne s’étonne donc pas qu'on demande encore à nos clients « s'ils souhaitent que leur site soit accessible ». Bien sûr qu'il doit l'être. Cette question ne doit plus être posée; l'accessibilité doit toujours faire partie de la solution, et cette solution doit être perçue par tous les acteurs d'un projet et pas uniquement par l'expert accessibilité.

Comment parler de conception centrée utilisateur sans prendre en compte leurs éventuelles contraintes matérielles ou physiques ?

En portugais on a l'expression « a ocasião faz o ladrão », ou « l'occasion fait le voleur ». Ça veut dire qu'on doit savoir saisir une occasion quand elle se présente à nous. Saisissons l'occasion de penser autrement dès le moment de la conception ; cherchons des solutions là où on ne s'attend pas. Paraphrasant Léonie Watson, usons l'accessibilité comme un défi créatif et pas comme une contrainte à la créativité.

La vrai rupture est là : transformer l'ennuie et les contraintes en opportunités créatives, en s’éloignant des aspects techniques et en se focalisant sur les vrais besoins des utilisateurs.

Oublions les interfaces « tendance » qui accumulent des ressources interactifs à la mode comme les carrousels ou le « paralax », et cherchons le vrai « cool » là où il se trouve : dans la simplicité et dans l'efficacité d'interaction.

J'adore la phrase de Christian Heilmann (Microsoft) qui dit que vouloir ajouter des dizaines de ressources d'interface ultra-riches et tendance est penser comme les enfants qui croient que s'ils ont des basquettes avec des lumières ils vont courir plus vite. Non. Le vrai cool est dans la réponse aux attentes de l'utilisateur.